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Comme un rêve...

Nouvelle, Noël 2021, O.J.A Bisson.

   J’étais assis sur les gradins de la patinoire, regardant avec attention le couple de danseurs sur glace qui répétait leur chorégraphie assidûment. Mon entraînement de Hockey s’était terminé presque deux heures plus tôt, mais je ne pouvais me résoudre à quitter cet endroit que je considérais comme ma deuxième maison. J’avais remplacé mes patins par des baskets légèrement usées et mes protections par un jeans et un sweat-shirt à capuche. Écouteurs fixés sur mes oreilles, je me perds dans mes pensées comme hypnotisé par ces figures qui s’enchaînent avec une fluidité impressionnante.

   – Qu’est-ce que tu regardes ?

   Je me retourne en sursaut en ne reconnaissant pas la voix féminine qui m’interpelle. Je me retrouve nez à nez avec une jolie jeune femme, sûrement dans le début de sa vingtaine, avec un regard pétillant de malice. Ses cheveux brun coupés dans un carré court étaient retenus par deux barrettes afin de dégager son visage. J’ai un moment d’absence beaucoup trop occupé à chercher dans ma mémoire si ce visage m’était familier, mais rien ne me vient à l’esprit.

   Cela fait plus de dix ans que je me rends dans cette patinoire deux à trois fois par semaine pour mes entraînements. J’ai commencé le Hockey lorsque j’avais onze ans, mon père, fan de ce sport, m’avait emmené à un match me promettant de faire de moi la prochaine star de ce sport. Il avait plus ou moins réussi son pari, à l’âge de vingt-trois ans, si je n’étais pas le plus célèbre, j’avais au moins le mérite de faire partie de l’équipe de France afin de représenter mon pays dans les championnats mondiaux. Malgré ma monté dans les classements, je n’ai jamais voulu changer d’entraîneur ni de partir loin. Cela me permettait de garder les pieds sur terre et surtout de me sentir proche de ceux que j’aimais.

   La jeune femme fit un bruit de bouche montrant ainsi son impatience. C’est à ce moment que je me rends compte que je la regarde toujours la bouche légèrement ouverte et les yeux dans le vide. Je secoue doucement la tête essayant de me reprendre : j’ai l’air d’un idiot.

   – On se connaît ? Je demande, haussant un sourcil interrogateur.

   Le sourire qui nait sur ses lèvres à cette question m’angoisse quelque peu. Je me lève afin de reprendre le contrôle de cet échange, ainsi sur mes jambes, je la dépasse de vingt-cinq bons centimètres. Elle se rapproche d’un pas et l’envie de reculer me prend presque aussitôt. Je ne comprends pas pourquoi, mais j’ai l’impression d’être en danger en sa compagnie.

   – Noël est dans trois jours.

   Mon regard tombe dans le sien, essayant de comprendre le sens de cette conversation. Tout ce qu’elle disait semblait décousu. Elle se détourne de moi et va se poser sur la barrière qui entoure la glace. Son regard suit les patineurs qui tourbillonnent en rythme, je n’y connais pas grand-chose au patinage artistique, mais il ne faut pas être un expert pour deviner l’attitude du tango.

   – Tu sais danser ?

   – Je danse en soirée, je réponds d’un ton désinvolte. Et toi ?

   – Je connais quelques pas.

   Je ne comprends pas ce qu’elle me veut et décide de couper court à la conversation, qui n’a ni queue ni tête. Je me redresse un peu plus et mets mes mains mal à l’aise dans les poches de mon sweat-shirt afin de les triturer hors de vue. J’essaie d’avoir l’air sûr de moi, je ne sais pas pourquoi, mais elle me donne l’effet d’être à nouveau un enfant. Je grimace : ce n’est pas un petit bout de femme, d’à peine 1m60, qui va me faire peur.

   – Tu as mal quelque pars ? me demande-t-elle soudainement et je me renfrogne.

   – Je dois partir, dis-je.

   Cela était loin d’être un mensonge, connaissant mon père, il devait m’attendre avec impatience sur le pas de la porte pour savoir comment mon entraînement s’était déroulé. Il suivait avec assiduité mon programme sportif que ce soit l’entraînement sur glace et sportif à mon régime alimentaire. Cela était vraiment frustrant et source de disputes entre nous, ma mère restait dans un coin et n’osait pas le contredire. En même temps, je peux la comprendre, qui oserait ?

   – Je serais présente demain vers quatorze heures.

   Je la regarde une nouvelle fois avec curiosité. C’est à ce moment que je prends le soin de bien la contempler. Ses yeux noisette me fixent comme si elle lisait en moi comme dans un livre ouvert et sa tenue sportive indiquée qu’elle n’était pas ici pour s’amuser, à ses pieds est chaussés des patins de marque.

   – Est-ce une invitation ? Je demande la curiosité l’emportant.

   – Viens et tu verras.

   Elle se retourne et part vers les vestiaires sans m’accorder un regard de plus. Je la suis du regard tout en réprimant un frisson, soudainement, il fait beaucoup plus froid. Je reste planté là encore quelques minutes avant de ramasser mon sac et de le jeter sur mon dos. Bien sûr que je n’irais pas la voir, je ne la connais même pas !

 

***

 

   Il est quatorze heures et me voilà devant la patinoire. Je soupire, passant une main tremblante dans mes cheveux blonds. Ils ont beaucoup poussé récemment et je n’ai pas eu la motivation d’aller les couper. Ces derniers temps, je me sens vide. La joie de vivre qui m’habitait, la rage de gagner contre mes adversaires et même le bonheur d’être à deux jours de Noël… Tout cela m’avait quitté. Je ne comprends vraiment pas ce qu’il se passe, mes coéquipiers et amis les plus proches me disent que ce n’est qu’une passade, que tout le monde a déjà ressenti cela au moins une fois. Pourtant, je sens que tout est différent que je n’ai plus le contrôle sur qui je suis ou qui je voudrais devenir.

   C’est pour cela que je suis présent, devant cette patinoire qui m’a vu grandir, à quatorze heures attendant un miracle. Je pousse l’une des deux portes qui constituent l’entrée et arrive dans le hall. Au comptoir se trouve Annaëlle, la réceptionniste, elle me salue avec un signe de la main avant de me demander ce que je fais ici. Il est vrai que je n’ai pas d’entraînement aujourd’hui et que cela faisait plusieurs mois que je ne venais plus en dehors de ceux-ci.

   – Je suis venu pour… m’entraîner, dis-je me rendant compte que je ne connaissais même pas le nom de la jeune femme de la veille.

   – Oh !

   Cette simple exclamation de surprise me fait plus de mal de ce que je pensais et je me sens coupable. Non pas envers une personne en particulier, mais envers cette glace qui était devenue comme une extension de moi-même. J’ai un goût amer dans ma bouche me rendant compte que je la laissais de côté depuis bien trop longtemps à présent.

   – Je suis vraiment heureuse de te voir, me sourit Annaëlle. Un cookie ?

   Un sourire se dessine sur mon visage en prenant le petit gâteau dans le récipient qu’elle me tend. Ce simple geste familier me réchauffe le cœur, être un athlète de haut niveau signifie un régime strict, être un athlète de haut niveau avec un père comme le mien signifie un régime dictatorial. Il me pesait tous les jours et vérifier mes apports en calories de près, je n’avais le droit à aucune erreur. Sauf lorsque je venais à la patinoire et que discrètement, Annaëlle me proposait un gâteau pour me remonter le moral.

   – Tu n’aurais pas vu quelqu’un d’autre passer ? Une jeune femme brune avec un carré court.

   – Je n’ai vu personne à part toi, me répond la réceptionniste reposant le récipient sur son bureau.

   – D’accord. Je vais aller me changer.

   Annaëlle acquiesce me souhaitant un bon entraînement avant de se replonger dans ses dossiers. Je me change rapidement, enfilant une tenue confortable pour patiner avant de mettre mes patins. Lorsque je sors du vestiaire, j’ai la surprise de la voir là, sur la glace, en train de s’échauffer. Ses mouvements sont nettes et sa vitesse ainsi que son équilibre spectaculaire. Une chose est certaine : ce n’était pas une débutante.

   Elle me remarque presque aussitôt, se rapprochant du bord de la patinoire pour venir me retrouver. Ses joues sont légèrement rougies par l’effort et son regard pétille de malice. Elle sourit, dévoilant ses deux dents de devant espacées par un petit écart.

   – Je ne pensais pas que tu viendrais.

   – Pourquoi ?

   – Parce que tu n’es qu’un lâche.

   Un petit rire la secoue avant qu’elle ne s’éloigne en patinant avec légèreté. Je fronce les sourcils, vexé par cette affirmation. Elle ne me connaît même pas, pour qui se prend-elle pour ainsi me juger.

   – Je t’attends ! cri-t-elle au milieu de la glace.

   J’enlève la protection de mes patins et pose le premier pied sur la glace. Cela faisait tellement longtemps que je n’avais pas patiné pour le plaisir. Je commence à glisser sur la glace, tranquillement, profitant de cette sensation de liberté. Lorsque j’arrive à son niveau, j’entends ma voix grave s’élever :

   – Je ne suis pas un lâche.

   Un nouveau petit rire la secoue laissant sur ses lèvres un sourire des plus agaçant. Elle se moque de moi, c’est certain.

   – Je ne suis pas un lâche, je répète telle une litanie.

   – Tu as déjà patiné à deux ?

   Je la regarde ne comprenant pas où elle voulait en venir. C’est une femme étrange, comme déconnectée de la réalité. Elle ne me laisse pas le temps de répondre qu’elle attrape ma main, m’emmenant à son rythme sur la glace. J’essaie de la suivre, mais cela est plus compliqué que je ne le pensais, patiner à deux, c’est ne devenir plus qu’un. Il faut le même rythme, le même temps, la même coordination, le cœur qui bat à l’unisson. Un seul faux mouvement et nous tombons tous les deux.

   Elle me lâche la main et se retourne vers moi, patinant à l’envers. Son sourire est toujours présent et elle semble si heureuse. Cela est contagieux, car je ne peux m’empêcher de ressentir une pointe de joie pointer à l’intérieur de mon cœur. Elle ralentit avant de totalement s’arrêter.

   – Hier, c’était de la danse sur glace.

   J’acquiesce, attendant qu’elle continue son explication.

   – Personnellement, je fais du patinage de couple.

   – Quelle est la différence ?

   – Nous faisons plus d’acrobaties comme des portés. Je n’irais pas à dire que c’est plus physique, mais cela demande une tout autre force.

   – Quel est le rapport avec moi ?

   – Tu es libre demain soir ? me demande-t-elle changeant à nouveau de sujet.

   – Demain soir ? Nous serons le vingt-trois décembre…

   – Je ne t’ai pas demandé la date mais si tu étais libre.

   J’ouvre la bouche pour répliquer quelque chose de sanglant puis je soupire, laissant tomber les armes. Ce n’était pas une femme normale et il fallait que je l’évite à tout prix. Cependant, lorsque je l’examine, elle et son regard impatient, je ne peux me résoudre à oublier ce qu’elle venait de me faire ressentir. Pendant ces quelques minutes à ses côtés, je m’étais senti revivre. Elle avait ce quelque chose qui m’exaspérait autant qui me donnait envie d’apprendre à la connaître.

   – Je suis libre.

   – Très bien, retrouvons-nous ici, demain soir à vingt heures.

   Je la vois s’éloigner sans un mot de plus. Une dizaine de questions tournent en boucle dans mon esprit : « Pourquoi moi ? », « Qu’est-ce que tu prépares ? », « Qui es-tu ? »… Pourtant celle qui passe entre mes lèvres était la dernière à laquelle j’aurais aimé avoir une réponse :

   – Comment t’appelles-tu ?

   Elle se retourne, interpellée par ma voix. Pendant de longues secondes, elle ne répond pas, laissant le silence se prolonger entre nous et lorsqu’enfin elle ouvre sa bouche, je m’attends à tout sauf à cette réponse.

   – Angel. Je m’appelle Angel.

   Angel ?! Je souris malgré moi, ne quittant pas le regard glacial de la jeune femme. Si ce n’est pas l’ironie du sort, je ne sais pas ce que c’est. Elle ne me laissa pas le temps de répondre et quitte la patinoire. Je me retourne, fixant la glace avant de me mettre à glisser dessus. Je pense que nous avons besoin de nous retrouver et je sens que quelque chose change à son contact.

 

***

 

   Écouteurs sur les oreilles, je descends les marches des escaliers. En bas de ceux-ci se trouve mon père qui m’attend de pieds fermes. Je retiens un soupire de contrariété et lui fait face. Si je suis toujours chez eux, c’est à cause de ma mère, elle ne veut pas que je m’en aille loin et me résoudre à l’abandonner est très compliqué. Je me dis que mon père changera un jour, qu’il comprendra que je ne suis pas le fils parfait qu’il espérait tant et que toute cette vie commence à m’étouffer. Mais en attendant, je suis là me faisant gronder comme un enfant de cinq ans, recevant les sermons de mon géniteur qui n’en finissaient jamais.

   – Où tu vas ? me demande mon père croisant ses bras sur son torse.

   – À la patinoire.

   Il s’écarte légèrement pour me laisser passer. Ma mère se trouve derrière lui, impuissante comme toujours. Parfois, je me demande si elle est en accord avec tout ce qu’il fait. Même si, plus jeune, elle venait me voir le soir pour m’offrir un carré de chocolat lorsque mon père m’en privait ou m’achetait un jouet pour mon anniversaire alors que celui-ci voulait que j’aille m’entraînait, elle n’a jamais montré outre mesure sa désapprobation envers ses méthodes.

   – Bien. C’est un entraînement ?

   – Non. Pas le soir, il y a…

   Je me coupe, pris par la révélation que mon esprit venait de me faire. Ce soir, c’était un gala permettant de révéler les différents représentants aux mondiaux de patinage artistique. Les places s’étaient vendues comme des petits pains et en moins de vingt-quatre heures, il ne restait plus rien. Je me demande pourquoi Angel voulait me retrouver là-bas.

   – Il y a ? me presse mon père.

   J’hésite à lui dire la vérité, son fils sortant avec une fille ? Très peu pour lui, je dois me concentrer sur le hockey, un point c’est tout. Comme il aime le répéter : « Tu auras tout le loisir de t’amuser une fois que ta carrière sera terminée. » Son fils sortant avec une fille et qui va voir un gala de patinage artistique ? C’est la crise cardiaque assurée !

   Mon cerveau fonctionne à toute allure, essayant de trancher, de décider ce qu’il serait le mieux pour moi. Ne pas y aller restait encore la meilleure solution, mais je suis intrigué par Angel et après cette après-midi à patiner, j’avais envie de retrouver cette sensation de plaisir.

   – Je vais retrouver Esteban et Nicolas pour mettre en place un plan stratégique pour le match du mois prochain.

   – Oh ! C’est très bien, j’ai vu tes derniers entraînements et ils étaient largement en dessous de tes capacités. Je ne sais pas ce qu’il t’arrive fiston, mais il serait temps que tu te reprennes en main.

   Je baisse la tête comme pris en faute. Ce qui m’arrivait ? C’est simple. J’ai juste perdu l’envie et le plaisir de jouer au Hockey. J’aime ce sport, il n’y a aucun doute là-dessus, mais ce n’est plus comme avant. C’est à ce moment que ma mère choisit d’intervenir, elle pose une main sur l’épaule de mon père et le fait reculer afin qu’il puisse me laisser passer.

   – Amuse-toi bien mon chéri et ne rentre pas trop tard.

   Je la remercie et fais un signe de tête à mon père tout en filant aussi vite que je le peux. Je ne veux pas recevoir une énième leçon sur la malbouffe ou les mauvaises fréquentations.

 

   J’arrive devant la patinoire tout essoufflé, la discussion avec mon père m’a fait louper le premier bus et j’ai dû attendre presque trente minutes avant qu’un autre ne daigne se montrer. Il n’y avait plus personne devant le bâtiment et l’angoisse qu’Angel ait pu croire que je l’ai oublié, me prend par surprise. Je me rapproche de la porte et je vois à travers la jeune femme assise sur un banc. Sa peau est aussi blanche que la glace et ses joues sont rougies par le froid, combien de temps m’avait-elle attendu dehors ?

   Je remets mon bonnet correctement sur ma tête avant de pousser les portes. Comme si elle avait deviné que c’était moi, elle tourne son magnifique visage dans ma direction et plante ses yeux dans les miens. La beauté de ce moment est coupée lorsque sa bouche s’ouvre pour laisser échapper une injure qui ne laissait pas la place à l’imagination.

   – Tu arrives toujours en retard lorsqu’on te donne une heure ?

   – Je suis désolé.

   Elle soupire et me fait signe de la suivre. Nous traversons l’immense hall puis nous passons les portes qui emmènent sur les gradins. Le vigile nous laisse passer, saluant Angel comme s’il la connaissait déjà. Je la laisse me traîner à ce que je suppose nos places. Nous dérangeons quelques personnes assises, occupées à regarder le spectacle qui avait déjà commencé. Je m’excuse à la volée pour le comportement d’Angel qui n’en avait rien à faire.

   Une fois installé, je me concentre sur les patineurs. Angel me donne un coup de coude dans les côtes et me montre du doigt deux nouveaux patineurs qui allaient entrer sur la glace.

   – C’est Susane Hillaire et Killian Vigner, patineurs dans la catégorie couple. Ce sont les grands favoris pour les jeux Olympiques.

   Mes yeux ne peuvent se détourner de ces athlètes qui se mettent en place. Les premières notes de musique commencent, du piano. La chorégraphie est d’abord langoureuse, les pas s’enchaînent et mes yeux brillent de fascination. Très vite, le rythme évolue, plus rapide et sûr, les portés se déroulent sans aucune erreur.

   – C’est impressionnant.

   – En effet, il faut beaucoup de force et de confiance pour réussir de tels portés.

   – Tu sais le faire ? je lui demande en voyant l’homme porter sa partenaire au-dessus de lui à une main.

   – On pourra essayer.

   Je me tourne vers elle et ouvre la bouche tel un poisson hors de l’eau. Essayer ? Je regarde à nouveau le patineur aussi gracieux que puissant, aussi fort que fragile. Du haut de son mètre quatre-vingt-dix, jamais je n’aurais pu deviner qu’il faisait du patinage. Est-ce que je pense en cliché ? Oui. J’essaie de changer, mais cela est difficile après avoir passé toute une vie avec un père tel que le mien.

   – J’aimerais beaucoup essayer.

   Le sourire que me donne Angel me confirme que j’ai pris la bonne décision. Je veux patiner, je veux être heureux, je veux me sentir bien et surtout, je veux vivre ma vie.

 

   Lorsque je me couche dans mon lit, je sais que mes rêves vont être peuplés que d’une seule personne : Angel. Je me vois patiner avec elle, la porter et la faire toucher les étoiles. Elle semble si heureuse que mon cœur saute un battement. Si seulement, je pouvais rester dans ce rêve et ne jamais me réveiller. J’ai enfin trouvé ma voix, celle que je cherchais depuis des mois et pourtant, je suis effrayé.

 

***

 

   Nous sommes le 24 décembre. Le jour de Noël, le jour des miracles pour certains, mais pas pour moi. Je me suis réveillé avec un sentiment de plénitude et de soulagement d’avoir enfin un but dans ma vie. Une reconversion est difficile, il est vrai que je n’ai que vingt-trois ans, mais dans les métiers de la glace, il est rare de dépasser les 30-35 ans dans le milieu des compétitions. Je repense à mon père, un changement de carrière avec lui est impossible. Cela m’angoisse plus que de raison. Pourquoi ai-je si peur ?

   Ma mère est aux fourneaux depuis l’aube. Nous recevons toute la famille et je ne me sens pas prêt à en parler maintenant. J’ai passé la journée à l’aider à mettre la table et à tout préparer avant leur arrivée. Ma mère me regarde alors que je suis dans la cuisine avec elle, je sais qu’elle veut me dire quelque chose, mais se ravise au dernier moment.

   – Ils arrivent vers quelle heure ? je demande pour la détendre.

   – Ils ne devraient pas tarder.

   À peine finit-elle sa phrase, que la sonnette retentit. Je signifie à ma mère que je vais ouvrir puis je me dirige vers la porte. Je passe une main dans mes cheveux pour me recoiffer et être présentable fasse à ma tante. Cependant, lorsque j’ouvre la porte, ce n’est pas ma tatie Floriane que je découvre, mais Angel avec son sourire qui me fait toujours le même effet.

   – Joyeux Noël ! me dit-elle. Tu sors un instant ?

   Je regarde par-dessus mon épaule pour être certain que ni ma mère ni mon père n’est dans le coin avant de sortir et de fermer la porte derrière moi. Ses cheveux sont relâchés et un bonnet rose poudré se trouve sur sa tête.

   – Que fais-tu ici ? Comment as-tu eu mon adresse ?

   – J’ai un cadeau pour toi.

   – Un cadeau ?

   Elle fouille dans son sac et me sort un petit paquet qu’elle me tend. Je le regarde, il est léger et ne semble pas contenir grand-chose.

   – Je… Merci, mais je n’ai pas de cadeaux pour toi.

   Son sourire est ensorcelant et me rassure. Elle ne semble pas attendre quelque chose de ma part.

   – Je suis venue pour te souhaiter bonne chance.

   – Je ne te comprends pas.

   Elle pose sa main sur ma joue et la caresse doucement.

   – J’espère que tu réussiras tous tes rêves.

   Je veux lui demander plus d’informations, ce que tout cela peut signifier, mais lorsque j’ouvre les yeux, que j’ai fermés à peine le temps d’un clignement, elle a disparu.

   – Angel ? Angel ?

   Je l’appelle et la cherche, mais seul l’écho de ma voix me répond. Je regarde une nouvelle fois le cadeau qui se trouve entre mes doigts. Je décide de l’ouvrir d’une main tremblante. Dedans, je découvre un petit porte-clefs en forme de patin et un mot :

 

« Parfois, rêve et réalité se confondent, mais une chose est sûre, si tu arrives à trouver ta voix, ne la quitte pas. Fais tout ce que tu as en ton pouvoir pour réussir. Je dois partir, très loin, mais j’espère avoir la chance un jour de patiner à tes côtés.

– Angel. »

FIN

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